+3302 · Été 2026
C33
C33 — Issue N° 01Printemps 2026
Villes城市

Collaborations transfrontalières : ce qui ne passe pas à l'image, quelqu'un accepte de le faire lentement跨境联名:那几件不上镜的事,有人愿意慢慢做

Le nom de trois sculpteurs de jade inscrit en toutes lettres dans le communiqué, et au-dessus le seul mot : « collaboration ». Ce dont on se souvient tient le plus souvent à ces étapes — licence, calendrier, localisation, communication, chaîne d'approvisionnement — où quelqu'un a bien voulu, pièce après pièce, faire la chose pour de bon.

三位玉雕师的名字被一字不落写进发布,挂的是'联名'两个字。真正让人记住的,往往是授权、排期、本地化、公关、供应链这几道工序里,有人愿意一点点把它做扎实。

Par Kairos Zhang2026-05-21Lecture · 11 min

Début 2024, Loewe a réalisé une série de pendentifs de jade. Pas de classique teinté de rouge, pas de signe astrologique de l'année plaqué sur un sac : la maison a fait venir trois sculpteurs de jade chinois — Yin Xiaojin, Qiu Qijing, Cheng Lei — chacun taillant cinq pièces à la main. Sur la jadéite, un grillon accroupi au sommet d'un chou ; une aubergine d'un violet pâle, jouant sur l'homophonie de « haut dignitaire » ; un petit escargot agrippé à une cosse de petits pois. Les trois noms sont inscrits en toutes lettres dans le communiqué officiel, chaque pièce montée sur une chaîne en or 18 carats, autour de cent mille yuans, vendue seulement dans les boutiques concept Casa Loewe de Shanghai, Pékin et Chengdu. À la même échéance du calendrier lunaire, ces séries du zodiaque que l'on ressort année après année, la critique étrangère les a décrites comme « un coup d'œil aux enveloppes rouges dans le quartier chinois, puis quelques minutes sur Photoshop ».

Les deux portent le nom de « collaboration ». Posées côte à côte, ce qui retient un instant de plus, c'est toute cette suite d'étapes que personne ne photographie, du lancement à la mise en rayon : comment se signe la licence, quel temps on laisse au calendrier, à qui l'on confie la localisation, qui dans la chaîne de communication a le droit de dire stop, si la chaîne d'approvisionnement saura porter un objet vraiment difficile à faire. Aucune de ces étapes n'est légère ; celui qui y a mis plus de soin, cela se voit dans la pièce finie.

Commençons par la licence : la première chose qu'un contrat met en place, c'est le respect dû au créateur. Un contrat écrit sérieusement énonce clairement à qui appartient le droit d'auteur de l'œuvre originale, ce que la marque obtient — reproduction, adaptation, ou simple licence limitée à une saison et à un territoire —, la durée de la collaboration, la manière dont l'œuvre sera créditée selon les marchés. Le jade de Loewe est l'ouvrage des artisans eux-mêmes ; leurs noms figurent dans le communiqué, la relation de licence est nette. Les Artycapucines de LV tracent cette ligne plus clairement encore : depuis 2019, chaque année, un artiste prend le Capucines pour toile ; en 2021, Zeng Fanzhi a brodé un autoportrait de Van Gogh avec quarante-deux couleurs de fil de soie et plus de sept cent mille points, Huang Yuxing a transposé ses paysages en broderie touffetée, le fil métallique faisant ressortir les coulures de la peinture — c'est le langage propre des artistes, et chaque point reste à leur nom. Écrire clairement le crédit et les droits, c'est d'abord celui qui a fait l'ouvrage qui en profite : son nom voyagera avec l'œuvre, et cela seul mérite qu'on y passe du temps.

Le calendrier est la deuxième épreuve, la plus honnête aussi. Sculpter à la main un pendentif de jade et le monter sur sa chaîne d'or, ou changer la teinte d'un modèle de stock en rouge et y imprimer un signe astrologique, ce n'est pas le même ordre de durée. Le premier exige un temps de fabrication plus long, un taux de rebut plus élevé ; cela veut dire que la marque a inscrit la chose à son agenda plus d'un an à l'avance, qu'elle a bien voulu laisser à une paire de mains le temps qu'il leur faut. Mettre la peine dans le prototype et les reprises, c'est un choix ; et ce choix finit toujours par se déposer dans le toucher de l'objet. La série Monopolis de Max Mara, pre-fall 2017, relève de la première manière : le directeur de la création Ian Griffiths avait vu l'œuvre de Liu Wei dès 2010, à une exposition du Centre Pompidou ; il a fallu six ans avant que les deux hommes s'assoient pour en parler, puis un lancement à Shanghai, avec les sculptures de Liu Wei lui-même posées dans le défilé. Un tel rythme ne s'improvise pas à la dernière minute.

La localisation est la troisième épreuve, et celle où C33, à cheval entre la France et la Chine, se sent particulièrement concernée. Il ne s'agit pas seulement de retourner un slogan en chinois, mais de faire qu'un sens tienne debout dans une autre langue, qu'il arrache aussi un sourire complice. L'aubergine de Loewe joue sur l'homophonie, le grillon sur le chou cache « cent richesses » — pour faire passer cette couche-là, il faut quelqu'un qui a vraiment vécu dans cette culture, qui sait quel caractère garder, quelle allusion sera comprise. Les projets qui réussissent leur localisation remettent gravement ce jugement entre les mains d'une telle personne.

La quatrième épreuve est dans la chaîne de communication : avant qu'un contenu ne sorte, y a-t-il une voix chinoise de poids capable de se faire entendre au moment où il le faut. Dolce & Gabbana, en 2018, est une affaire qu'on cite souvent. La maison voulait organiser à Shanghai « The Great Show » ; en amont, elle a diffusé trois courtes vidéos sur Weibo où un mannequin asiatique mangeait gauchement, avec des baguettes, une pizza puis des pâtes, la voix off récitant son texte dans un chinois volontairement déformé, le tout balisé du mot-clé #DGLovesChina. Puis ont fuité les captures d'écran des messages privés du cofondateur Stefano Gabbana, où il insultait la Chine — dans la conversation relevée par Diet Prada, il désignait le pays par une rangée d'émojis d'excréments. Quelques heures avant l'ouverture du défilé, les autorités shanghaiennes du tourisme et de la culture l'ont fait annuler, vingt-quatre mannequins se sont retirés ensemble, Tmall et JD ont déréférencé la marque. On range souvent cet épisode au rayon du « malentendu culturel », mais le plus regrettable se situe peut-être un cran plus tôt : sur toute la chaîne créative, il manquait un Chinois vraiment présent, capable de dire tout bas, avant la diffusion, « cela ne va pas ». Une voix présente, parfois, suffit à épargner une blessure à bien des gens.

Reste enfin la chaîne d'approvisionnement, qui décide si une idée peut atterrir en un objet digne de ce nom. La collaboration de Feng Chen Wang avec Nike le montre bien. Cette créatrice née dans le Fujian, qui défile à Londres, est passée des Air Jordan personnalisées du défilé printemps-été 2018 — cousues main, l'étiquette de la marque décousue puis recousue sur la languette — à la Transform Jacket de 2023, dont les pièces amovibles permettent de la porter d'une trentaine de façons, inscrivant son « less is more » jusque dans la structure. Une telle déconstruction ne se contente pas de jolis rendus : il faut que la production de Nike s'attaque pour de bon au démontage, au piquage, à la fabrication en série. Qu'une chaîne d'approvisionnement accepte de faire quelques pas de plus pour les difficultés d'un créateur venu d'ailleurs est en soi une forme de bienveillance — elle fait d'une idée restée dans le croquis quelque chose qui se chausse vraiment.

À regarder ces épreuves ensemble, ce dont la collaboration transfrontalière a réellement besoin n'est pas, le plus souvent, un budget plus élevé ni un nom chinois plus retentissant — de ces deux choses, le marché ne manque pas. Il lui faut la patience de prendre chaque étape au sérieux : écrire la licence clairement, laisser le calendrier respirer, confier la localisation à quelqu'un de présent, donner sur la chaîne de communication le poids d'un mot à qui connaît le terrain, faire faire à la chaîne d'approvisionnement quelques pas de plus vers la difficulté. Toutes ces patiences coûtent beaucoup à ceux qui les portent ; encore faut-il que quelqu'un veuille les porter.

Je repense souvent à ce grillon accroupi au sommet du chou, dans les mains de Yin Xiaojin et des deux autres : la jadéite est si dure, et pourtant les antennes sont taillées presque jusqu'à frémir. Pour le faire exister, il a fallu en amont plus d'un an de calendrier, un contrat où les noms sont écrits clairement, quelqu'un qui a entendu l'homophonie, une chaîne de production qui a bien voulu s'arrêter pour cinq petits pendentifs de jade. Rien de tout cela ne passe à l'image ; mais la pièce une fois en main, ce poids d'avoir été traitée avec sérieux ne se laisse pas cacher.

2024 年初,Loewe 做了一组玉佩。它没有把经典款染红,也没把当年的生肖往包上一拍,而是请来三位中国玉雕师——殷晓晋、邱启敬、程磊——每人手工雕五枚:翡翠上一只蟋蟀蹲在白菜顶,淡紫的茄子取"高官"的谐音,豌豆荚上趴一只小蜗牛。三个人的名字一字不落写进官方发布,每枚配 18K 金链,定价约十万元人民币,只在上海、北京、成都的 Casa Loewe 概念店发售。同一个农历档期,年复一年的生肖系列被海外评论形容成"在唐人街瞄一眼红包、再到 Photoshop 里弄几分钟"的东西。

两者都叫"联名"。把它们摆在一起看,让人多想一会儿的,是从立项到上架那一连串没人拍照的工序——授权怎么签,排期留多长,本地化交给谁,公关链上谁有权喊停,供应链能不能接住一件真正难做的东西。这几道工序做起来都不轻松,谁在上面多花了心思,成品里是看得出来的。

先说授权,一份合约最先安顿下来的,是对创作者的尊重。认真写的合约会讲清楚:艺术家原作的版权归谁,品牌拿到的是复制、改编还是仅限某一季某一地的有限授权,联名期限多长,作品在不同市场如何署名标注。Loewe 的玉是工匠本人的手艺,名字落在发布里,授权关系是清楚的。LV 的 Artycapucines 把这条线划得更明白:自 2019 年起每年请艺术家把 Capucines 当画布,2021 年那季里曾梵志用四十二色丝线、七十多万针绣出一幅梵高自画像,黄宇兴把他的山水做成簇绒刺绣,金属线挑出颜料垂流的痕迹——这些是艺术家自己的语言,一针一线都还在他们名下。把署名和权利写清楚,受惠的首先是动手的那个人——他的名字会跟着作品一起走出去,这本身就值得多花些功夫去落实。

排期是第二关,也是最诚实的一关。玉雕师手工雕一枚玉坠、配金链,与把库存款改个红配色印只生肖,工期不在一个量级。前者要给出更长的制作周期、更高的废品率,意味着品牌在一年多前就把这件事放进了日程,愿意为一双手留出它需要的时间。把工夫花在打样和返工上,是一种选择;这份选择,最后都沉在成品的手感里。Max Mara 2017 早秋的 Monopolis 系列是前一种——创意总监 Ian Griffiths 早在 2010 年蓬皮杜的展上看到刘韡的作品,六年后两人才坐下来谈,最后在上海发布,秀场里摆的是刘韡本人的雕塑。这种节奏不是临时起意能凑出来的。

本地化,是第三关,也是 C33 站在法中之间格外有感触的一处。它不只是把 slogan 倒成中文,是让寓意在另一种语言里也能站得住、被人会心一笑。Loewe 那枚茄子取的是谐音,蟋蟀白菜里藏着"百财"——这层意思要传过去,得靠一个真的在这文化里生活过的人,他知道哪个字该留、哪个梗能懂。本地化做得好的项目,会把这层判断郑重地交到这样的人手上。

第四关在公关链里:内容发出前,有没有一个有分量的中国声音,能在该出声时出声。2018 年的 Dolce & Gabbana 是常被提起的一桩。它要在上海办 "The Great Show",前期在微博放出三条短片,让一名亚裔模特用筷子笨拙地夹披萨、夹意面,旁白用刻意发歪的中文念台词,话题标成 #DGLovesChina。随后联合创始人 Stefano Gabbana 私信里的辱华截图流出——Diet Prada 截下的对话里,他把中国称作一串排泄物表情。大秀开场前几小时,上海文旅部门叫停,二十四名模特集体退出,天猫、京东下架。这场风波常被归到"文化误读",但更可惜的或许是更靠前的一步:整条创意链上,少了一个真正在场的中国人,能在内容发布前轻轻说一句"这样不妥"。一个声音在场,有时就能替许多人挡住一次伤害。

最后是供应链,它决定一个想法能不能落地成体面的东西。Feng Chen Wang 和 Nike 的合作能说明这一点。这位福建出生、伦敦做秀的设计师,从 2018 春夏秀场上那双手缝、把品牌标签拆开重缝在鞋舌上的定制 Air Jordan,一路做到 2023 年那件 Transform Jacket——可拆卸部件让它能穿出三十多种样子,把她"少即是多"的主张直接做进了结构。这种解构光画效果图不够,要 Nike 的生产端真去啃下拆装、走线、量产这些麻烦。供应链愿意为一个外来创作者的难处多走几步,本身就是一种善意——它让一个原本只在草图里的念头,真的变成了能上脚的东西。

把这几关合起来看,跨境合作真正需要的,多半不是更高的预算,也不是更响的中国名字——这两样市场上都不缺。它需要的是把每一道工序都当真做的耐心:授权写清楚,排期留够,本地化交给在场的人,公关链上给懂行的人一句话的分量,供应链肯为难度多走几步。这些耐心都很费人,得有人愿意去费。

我常想起殷晓晋他们手里那只蹲在白菜顶上的蟋蟀,翡翠那么硬,触角却雕得几乎要动。要把它做出来,前头是一年多的排期、一份写清名字的合约、一个把谐音听懂了的人、一条肯为五枚小玉坠停下来的产线。这些都不上镜,可成品拿在手里,那点被人认真对待过的分量,是藏不住的。

← Retour au sommaire返回当期目录