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C33
C33 — Issue N° 02Été 2026
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Ni le rouge ni le dragon : Max Mara retraduit « la femme chinoise » à Shanghai不是红色,也不是龙:Max Mara 在上海重新翻译"中国女性"

Le rouge, le dragon, les brandebourgs, la robe qipao — l'imaginaire oriental ne cesse d'emprunter ces signes. En juin 2026, au Long Museum, Max Mara apporte à Shanghai un manteau couleur chameau et traduit non pas un brandebourg, mais une certaine tenue professionnelle qui se glisse dans la poche d'un tailleur — avec une curiosité douce : comment s'habille, aujourd'hui, « la femme chinoise moderne » ?

红色、龙、盘扣、旗袍——东方想象里,这些符号常被反复借用。2026 年 6 月在龙美术馆,Max Mara 把一件骆驼色大衣带到上海,翻译的不是盘扣,而是一种可以装进西装口袋的职业体面——也带着一个温和的好奇:今天的"现代中国女性",会怎样穿。

Par Kairos Zhang2026-06-16Lecture · 9 min

Le totem le plus profond de Max Mara n'est pas une formule, c'est un manteau. En 1981, la créatrice française Anne-Marie Beretta dessine le 101801 : une étoffe épaisse à boutons en corne, 90 % laine et 10 % cachemire, des épaules tombantes à la japonaise, un boutonnage croisé, un mètre vingt de long. En plus de quarante ans, il n'a presque pas bougé, et reste aujourd'hui le Max Mara le plus reconnaissable au monde. Sa couleur s'appelle cammello, le chameau — et cette maison née en 1951 à Reggio Emilia, en Italie, parle avec cette couleur depuis le jour où Achille Maramotti a fait entrer la logique de coupe de la haute couture dans une usine de prêt-à-porter. Aux femmes qui, l'après-guerre venu, commencent à travailler, elle fait des manteaux et des tailleurs abordables et durables ; elle ne vend jamais de rêve.

Le chameau n'appartient à aucune fête, ne désigne aucun drapeau, n'est ni d'Orient ni d'Occident. Une couleur dont on a sciemment lavé toute appartenance nationale — l'apporter à Shanghai, c'est poser sur la table toute une grammaire de « la femme qui travaille » et voir si elle tient debout dans cette ville, plutôt que d'y déballer une série de signes sur « la Chine ».

Le 16 juin 2026, la collection Resort 2027 est présentée au Long Museum West Bund, sur les rives de Xuhui, juste à temps pour les 75 ans de la maison. Le lieu parle déjà de lui-même : ces « voûtes-parapluies » de béton brut, signées de l'architecte Liu Yichun (Atelier Deshaus), comptent parmi les espaces les plus photographiés de l'art contemporain chinois. Au même moment, l'exposition rétrospective « The Max! », sous le commissariat d'Olivier Saillard, se tient du 17 au 28 juin. La plupart des maisons européennes envoient leur défilé Resort 2027 aux États-Unis ; Max Mara, elle, a choisi Shanghai. Ce n'est pas une étape de tournée, c'est un déplacement de centre de gravité.

Le directeur de la création, Ian Griffiths, sort en 1987 du Royal College of Art de Londres avec un master de mode, entre la même année dans la maison à la faveur d'un concours, et en assure la direction créative depuis 2016 — plus de trente ans qu'il en tient la porte. Le point de départ de la saison, dit-il lui-même, est une qipao à fines rayures qu'il s'était fait faire sur mesure à Hong Kong il y a des années. Il n'a pas porté la robe entière sur le podium : il en a pris des « fragments » — la ligne asymétrique du col oblique qui traverse la poitrine, le nœud du brandebourg. Ces fragments, il les a recousus à ce que Max Mara sait déjà faire : chemisiers de soie, chemises blanches nettes, petites robes noires, vestes à paillettes. Une qipao en mérinos extensible, une veste de soie matelassée, une chemise de popeline fermée par un brandebourg — tout cela se traduit ainsi. Le trait le plus direct est un long manteau bleu à col montant, dont la silhouette rappelle la robe changshan.

Le brandebourg n'est pas posé sur la poitrine comme une signature à déchiffrer d'un coup d'œil ; il est démonté et glissé dans la structure même de la coupe. Griffiths cite Benjamin : ce qu'il affronte, dit-il, c'est « une modernité eurocentrée », et il veut prouver que le modernisme « ne revient pas à aplatir le style ni à amincir le sens ». La palette de la saison — chameau, cognac, kaki, plus les motifs d'archives à losanges et à rayures — reste cet ordre froid qui est celui de Max Mara. Le rouge apparaît, ce rouge qu'il nomme « le rouge irréductible » de la maison, mais réduit à une touche tenue, comme un trait laissé sur une réserve de blanc au bas d'une jupe. Coudre la culture d'un lieu dans sa propre langue plutôt que la coller par-dessus demande de la mesure ; c'est là qu'il a mis son soin.

Le vrai point d'arrivée de la saison, c'est qui est cette femme que Max Mara porte en elle. Elle n'a jamais été ce personnage du tapis rouge qu'on regarde pour son côté dramatique et fragile. Elle se déplace dans la ville, il lui faut un manteau, un tailleur, de la maille, un sac, il lui faut une tenue qui n'ait pas à se justifier. La maison a inscrit cette identité dans le sang : sa ligne Marina Rinaldi, fondée en 1980, porte le nom de l'arrière-grand-mère du fondateur — une femme qui, dès 1850, tenait son propre atelier au centre de Reggio Emilia et menait elle-même ses affaires. C'est cela que Max Mara vend : une tenue professionnelle qui se glisse dans la poche d'un tailleur et circule par-delà les frontières. Elle ne la vend pas à « la femme orientale », mais à toutes celles qui ont besoin d'un sentiment de pouvoir sur leur lieu de travail.

Et ce qu'elle a en face d'elle, c'est l'un des regards les plus avertis du monde d'aujourd'hui. La citadine de Shanghai hérite de la vieille élégance haipai et, chaque jour, tourne dans la finance, les trajets, les arbitrages de consommation ; elle peut aimer le nouveau style chinois comme s'en lasser ; elle achète les marques internationales tout en restant extrêmement sensible à leurs contresens culturels, et refuse de se laisser ranger sous un mot de marketing comme « femme indépendante ». Une entreprise familiale italienne fait appel à un créateur anglais qui, fort du souvenir d'une qipao taillée à Hong Kong, vient imaginer ce que portera « la femme chinoise moderne » : c'est un dialogue mené à distance. Griffiths qualifie la saison de style « entièrement international », formule qui dit à la fois sa bienveillance — ne pas exotiser la Chine — et sa position franche : l'échelle reste réglée depuis le siège.

Shanghai, dans ce défilé, ne se voit pas seulement reconnue pour son pouvoir d'achat, mais aussi pour un regard sérieux : ce marché ne se contente plus depuis longtemps d'être « vu », il veut être vu juste, vu avec mesure. Cette tension, personne ne la résout en un seul défilé ; ce que fait Max Mara, c'est une approche retenue, qui démonte patiemment « la Chine » en structures capables d'entrer dans sa propre langue, puis les recoud point par point. La salle vidée, ce qui reste en mémoire, c'est cette ligne asymétrique qui traverse la poitrine — venue de la qipao, recousue dans une chemise qui pourrait appartenir à n'importe quelle ville. Qu'un créateur anglais ait gardé jusqu'à aujourd'hui le tracé de cette robe de Hong Kong d'il y a des années, et l'ait fait tomber ici, cette fidélité-là suffit déjà à émouvoir.

Max Mara 最核心的图腾不是一句口号,是一件大衣。1981 年,法国设计师 Anne-Marie Beretta 画出 101801:90% 羊毛、10% 羊绒的厚牛角扣面料,和服式落肩、双排扣,衣长一米二。四十多年里它几乎没改过,至今是全球辨识度最高的那件 Max Mara。它的颜色叫 cammello,骆驼色——这家 1951 年生在意大利雷焦艾米利亚的公司,从 Achille Maramotti 把高级时装的剪裁逻辑搬进成衣工厂的那天起,就在用这种颜色说话。它给战后开始上班的女人做买得起、穿得久的大衣和套装,从不卖幻想。

骆驼色不属于任何节庆,不指向任何旗帜,既不东方也不西方。一种被刻意洗去民族归属的颜色,带着它来上海,等于把一整套关于"上班的女人"的语法摆上桌,看它能不能在这座城市里重新站住——而不是带来一组关于"中国"的符号。

2026 年 6 月 16 日,Resort 2027 在徐汇滨江的龙美术馆西岸馆发布,正赶上品牌 75 周年。场地本身就在说话:这座清水混凝土的"伞拱"由建筑师柳亦春(大舍建筑)设计,是中国当代美术馆里最常被拍的空间之一。同期,由 Olivier Saillard 策展的"The Max!"回顾展从 6 月 17 日开到 28 日。大多数欧洲品牌把 2027 早春秀放去了美国,Max Mara 选了上海;这不是巡演的一站,是把重心挪了过来。

创意总监 Ian Griffiths 1987 年从英国皇家艺术学院拿到时装设计硕士,同年靠一场品牌竞赛进了这家公司,2016 年起任创意总监,前后三十多年都是这里的守门人。这一季的起点,据他自陈,是多年前在香港定制的一件细条纹旗袍。他没有把旗袍整件搬上 T 台,而是取走"碎片":斜襟那道穿过前胸的不对称开线,盘扣的结。这些碎片被缝回 Max Mara 本来就会做的东西——丝质衬衫、挺括的白衬衫、小黑裙、缀片西装。一件弹力美利奴的旗袍、一件绗缝丝绸夹克、一件用盘扣收口的府绸衬衫,都是这样译出来的。最直白的一笔是一件高领长款蓝大衣,廓形让人想起长衫。

盘扣没有被放在胸口当作一眼可辨的标识,而是拆进了剪裁的结构里。Griffiths 引本雅明,说他要面对的是"欧洲中心式的现代性",要证明现代主义"不等于把风格抹平、把意义削薄"。这一季的色盘——骆驼、干邑、卡其,加上几何与条纹的档案纹样——仍是 Max Mara 那套冷静秩序。红色出现了,他称之为品牌"不可削减的红",而它只是被节制使用的一抹,像衣摆上一处留白处的笔触。把一个地方的文化缝进自己的语言而不是贴上去,需要分寸,他在这上面花了心思。

这一季真正的落点,是 Max Mara 心里的那个女人是谁。她从来不是红毯上那个靠戏剧性和脆弱被观看的人物。她在城市里移动,需要大衣、西装、针织和包,需要一种不必多解释的体面。品牌把这身份写进了血缘:旗下的 Marina Rinaldi 1980 年创立,名字取自创始人的曾祖母——一位 1850 年就在雷焦艾米利亚城中心经营自己作坊、自己管事的女人。Max Mara 卖的就是这个,一种能装进西装口袋、跨国流通的职业体面;它不卖给"东方女性",卖给所有需要在工作场合获得权力感的女人。

而它面对的,是当下全球最见过世面的一群目光。上海的都市女性既承接着海派的旧式优雅,也每天在金融、通勤、消费判断里运转;她们可能喜欢新中式,也可能厌倦新中式;她们买国际品牌,同时对国际品牌的文化误读极其敏感,也不愿被"独立女性"这类营销词轻易归类。一个意大利家族企业,请一位英国男设计师,带着他在香港定制旗袍的记忆,来想象"现代中国女性"会穿什么——这是一次隔着距离的对话。Griffiths 把这一季称作"完全国际化"的风格,这个措辞既是它的善意(不把中国异国化),也坦白了它的位置(尺度仍由总部校准)。

上海在这场秀里照见的不只是购买力,还有一种认真的注视:这个市场早已不满足于被"看见",它希望被看准、被看得有分寸。这样的张力没人能在一场秀里收齐,Max Mara 做的是一次克制的试探,把"中国"细细拆成能进入自己语言的结构,再一针一线缝回去。秀散场后,留在记忆里的是那道穿过前胸的不对称开线——它来自旗袍,被缝进了一件本可以属于任何城市的衬衫。一个英国设计师把多年前那件香港旗袍上的线条记到了今天,落在这里,这份惦记本身就够动人。

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