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Du tapis rouge à l'atelier : quand le magazine photographie une personne, et non un visage从红毯到工作室:杂志开始拍"人",而不是"脸"

La couverture quitte les feux du tapis rouge pour gagner l'établi de l'atelier. Dans ce déplacement, C33 se donne une règle à elle-même — et ouvre ainsi sa rubrique « 专栏 / Chroniques ».

封面正从红毯的光环,挪进工作室的手艺。在这场转向里,C33 想给自己立一条规矩——「专栏 / Chroniques」由此开栏。

Par Kairos Zhang2026-06-19Lecture · 8 min

Fin mai 2025, le numéro de juin de Cosmopolitan Chine met Ju Jingyi en couverture : lumière uniforme, peau lissée jusqu'à la disparition des pores, pose optimisée pour la vente. À six yuans l'exemplaire numérique, 30,89 millions de yuans partent en vingt-quatre heures, dix millions dès la première minute — un record pour la presse imprimée du divertissement chinois, qui déloge de la première place les artistes masculins installés là depuis longtemps. Sept ans plus tôt, en septembre 2018, le Vogue américain avait choisi Beyoncé ; derrière l'objectif, Tyler Mitchell, vingt-trois ans cette année-là, premier photographe afro-américain à signer une couverture en plus de cent vingt ans d'histoire du titre. Lumière naturelle, le modèle posé devant un drap blanc suspendu à une corde à linge, des fleurs amoncelées au-dessus de la tête. D'un côté un dispositif de vente précis, où le visage est la marchandise ; de l'autre une image entrée depuis dans les collections de la National Portrait Gallery du Smithsonian, où une personne bien réelle se tient dans une lumière bien réelle.

Pendant longtemps, photographier quelqu'un pour un magazine n'a demandé qu'un visage. Assez célèbre, assez photogénique, assez commenté ; le reste, on le confiait à l'éclairage, au stylisme et aux grandes maisons. Le visage était l'entrée, et la conclusion. En Chine, ce calcul a été poussé à son terme : la couverture ne se lit plus, elle devient l'objet d'une cagnotte de fans. La version chinoise d'Another Man avec Wang Chuqin écoule cent mille exemplaires en une minute, deux cent mille en seize ; le numéro numérique de Harper's Bazaar consacré à Xiao Zhan et Wang Yibo en 2019, « Ne demande pas d'où l'on vient, demande où l'on va », dépasse les cinq cent quarante mille abonnements. Le tirage vaut mesure de loyauté, le plus gros chiffre fait le plus grand nom, et le visage devient ici un actif que l'on peut chiffrer.

Une autre voie s'est dessinée lentement dans les revues indépendantes d'Europe. Fantastic Man, fondé à Amsterdam en 2005, et sa revue sœur The Gentlewoman en 2010, avancent sous la bannière de l'« anti-fantasy » : pas de retouche, pas de rêve fabriqué, et souvent six mois passés à suivre une même personne, à l'interviewer et à la rephotographier encore et encore. Apartamento, né à Barcelone en 2008, va jusqu'à ramener les gens chez eux pour les photographier — l'objectif balaie l'armoire à pharmacie, l'étagère encombrée au-dessus de l'évier — précisément pour s'opposer à cette boîte blanche remplie d'objets coûteux. System, en 2013, ouvre son premier numéro sur un long entretien avec Nicolas Ghesquière, qui vient de quitter Balenciaga et n'a encore rien dit : douze heures d'enregistrement deviennent la mise en pages, Juergen Teller à l'image ; la place est laissée à la grammaire interne du métier. Toutes ces revues misent sur le même pari : l'établi, le bureau, le salon de la maison tiennent mieux le regard que n'importe quel tapis rouge.

Ce déplacement a sa source visuelle. Dans les années quatre-vingt-dix, Juergen Teller apporte à W une qualité de document, rugueuse — un flash dur et frontal, le refus de la retouche et de la pose, la fragilité, l'humour et le défaut laissés dans le cadre, en réaction à la photographie de mode trop lisse. Sur la même lignée, il y a Collier Schorr, il y a Alasdair McLellan, qui circulent d'une revue à l'autre. Cette esthétique a aujourd'hui gagné le courant dominant : la couverture de Beyoncé pour Vogue emprunte elle aussi la lumière naturelle de Mitchell, et non la perfection sans ombre du studio.

Bien sûr, « photographier la personne et non le visage » ne veut pas dire retirer tous les filtres : c'est en changer la nature. Le flash dur de Teller est un style ; le salon juste assez en désordre d'Apartamento, comme la vieille chaise qu'Inès de la Fressange pose là d'un geste, relève d'un laisser-aller mis en scène. Six mois de présence, le grain du document : voilà un savoir-faire à part entière, qui demande de la patience et de l'œil — il ne court pas après le « sans aucune retouche », mais après une vérité qui tienne mieux le regard. Cette peine-là coûte cher et va lentement ; ceux qui acceptent de la prendre sont donc peu nombreux, et d'autant plus précieux.

Entre la Chine et la France, l'écart se voit avec une netteté particulière. À Paris, le « discret donc raffiné » à la manière de The Gentlewoman est un goût depuis longtemps institué ; à Shanghai, c'est le classement des ventes de numéros numériques signés par les têtes d'affiche qui fait office de monnaie forte, et le « pas de retouche, photo à la maison » passe, aux yeux de beaucoup, pour à peine convenable. Un même créateur, photographié en « auteur » à Paris, pourra se voir demander à son retour la pose du « visage divin de couverture ». Qui mérite d'être appelé une personne de goût : les deux villes ne donnent pas la même réponse ; placer quelqu'un dans cet écart, c'est le lire plus clairement que sur une seule image, et voir par qui il est défini.

La rubrique « 专栏 / Chroniques » de C33 se tient au milieu de ce déplacement. Nous n'avons pas l'intention de décider à la place de quiconque ce qui est « vrai », ni de jouer celui qui mettrait à nu, une à une, les règles du métier — nous voulons seulement nous donner une règle à nous : une fois un portrait lu, vous devez en savoir un peu plus qu'avant sur cette personne et sur le goût qu'elle incarne, et ce un peu doit être concret, pas une belle formule de plus. C'est pourquoi nous préférons confier la page à des mains qui sont en train de faire. Parmi les prochains portraits, il y a un restaurateur de meubles de Shanghai, assis devant un établi couvert de copeaux et de bois encore brut, ses deux mains occupées à reprendre cette pièce de bois — ce que nous voulons photographier, c'est justement ce que ces mains savent déjà, à cet instant, et que nous ne savons pas encore.

2025 年 5 月底,《时尚 COSMO》六月刊把鞠婧祎放在封面上:打光均匀,皮肤磨到没有毛孔,姿态为售卖做过优化。电子刊定价六元,24 小时卖出 3089 万元,开售一分钟破千万,刷新了内娱实体杂志的销售纪录,把男艺人长期占据的榜首挪了下来。往前推七年,2018 年 9 月的美国《Vogue》是碧昂丝,掌镜的 Tyler Mitchell 那年 23 岁,是《Vogue》一百二十多年里第一位拍封面的非裔摄影师。他用自然光,把人放在一块挂在晾衣绳上的白布前,头顶堆着花。一张是精密的销售装置,脸即商品;另一张后来被史密森尼国家肖像馆收藏,拍的是一个具体的人站在具体的光里。

很长一段时间,杂志拍人物只要一张脸。够红,够上镜,够有话题,剩下交给打光、造型和大牌。脸是入口,也是结论。这套算法在中国被推到尽头:封面不再用来阅读,而成了粉丝集资的标的。王楚钦的《Another Man》中文版开售一分钟破十万册,十六分钟二十万;肖战与王一博 2019 年那本《时尚芭莎》电子刊《不问来路,只问归处》,订阅过五十四万。印量等于忠诚度,谁的数字大谁就是顶流,脸在这里成了可计价的资产。

另一条路线在欧洲的独立刊物里慢慢成形。2005 年创刊于阿姆斯特丹的 Fantastic Man、2010 年的姊妹刊 The Gentlewoman,打的是"反幻想"(anti-fantasy)的旗号:不修饰,不造梦,常常花上半年跟着一个人反复采访、反复重拍。2008 年巴塞罗那的 Apartamento 干脆把人请回家里拍,镜头扫过药柜、水槽上方堆着杂物的架子——它要对抗的,正是那种被昂贵物件填满的白盒子。2013 年的 System 用一篇和 Nicolas Ghesquière 的长对谈开刊,后者刚离开 Balenciaga、还没开口,十二小时的录音落成版面,Juergen Teller 掌镜;版面让给了行业内部的语法。这些刊物押的是同一个赌注:工作台、书桌、自家客厅,比任何一条红毯都更经得起看。

转向有它的视觉源头。九十年代,Juergen Teller 给《W》带去一种粗粝的纪录感——直白的硬闪光,拒绝精修与摆布,把脆弱、幽默和瑕疵都留在画面里,成了光面时尚摄影的反作用力。同一条脉络上有 Collier Schorr,有 Alasdair McLellan,他们在同一批刊物之间流转。这套美学今天已经渗进主流:碧昂丝那张《Vogue》封面用的也是 Mitchell 的自然光,而非棚里那种无影的完美。

当然,"拍人不拍脸"也不是撤掉了所有滤镜,而是换了一种讲究。Teller 的硬闪光是一种风格;Apartamento 里那间恰好凌乱的客厅,和 Inès de la Fressange 随手一摆的旧椅子一样,是被布置过的松弛。半年的陪伴、纪录式的颗粒感,本身就是一门需要耐心与眼光的手艺——它追的不是"毫无修饰",而是一种更经得起看的真实。这份功夫既贵又慢,愿意花的人因此不多,也因此格外难得。

中法之间,这道缝隙看得格外清楚。在巴黎,The Gentlewoman 式的"低调即高级"是一种早已制度化的趣味;在上海,顶流电子刊的销量榜才是硬通货,"不修图、拍家里"那一套,在不少人眼里近乎不体面。同一个设计师,在巴黎被拍成"作者",回到国内可能被要求拍成"封面神颜"。谁算得上有品味的人,两地给的答案并不重合;把一个人摆进这道间距里,比单看他更容易看清他被谁定义。

C33 的「专栏 / Chroniques」站在这场转向里。我们无意去替谁判定什么才算"真实",也不想做那个把行业规则一一说破的人——我们只想给自己立一条规矩:一篇人物读完,你对这个人、对他所代表的那种品味,要比读之前多知道一点,而且是具体的一点,不是又一句漂亮的概括。所以我们更愿意把版面交给正在做事的手。下一组人物里有一位上海的家具修复师,他坐在堆满刨花和未上漆木料的工作台前,一双手正收拾着那块木头——我们想拍的,正是这双手此刻已经懂得、而我们还不懂的事。

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